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A state permitting clear perception and understanding; the area that may be seen distinctly or resolved into a clear image.

Ghany Belmaachi

L’artiste conçoit la peinture comme un espace de réception ouvert, les couleurs invitent au dialogue et impliquent le spectateur de manière suggestive. Les thèmes, qui tiennent à la fois du souvenir vécu et de la fiction, s’inscrivent dans une veine figurative transcendante, où du réel postulé n’est retenue que la quintessence traduite sensations et vibrations.  Ainsi en est-il, à titre d’exemple, de la Place Jamâa El Fna populeuse à l’heure du coucher, avec un personnage surdimensionné, guitare sur l’épaule et qui semble marcher sur la tête des gens, en porte les empreintes. De même celle représentant de dos un enfant, d’un jaune orangé, sur un fond gris bleuté. D’autres toiles parlent à peu près le même langage chromatique, avec cette différence que le thème parfois varie et avec lui ses composantes idéelles, telle cette toile où l’artiste fait allusion à l’écologie en focalisant sur la germination des plantes, leur vie et leurs ramifications souterraines…
On pourrait qualifier l’approche globale de Ghany de peintures combinées. On y retrouve des éléments traditionnels du tableau figuratif auxquels s’ajoutent des formes/objets réformés, vers lesquels migre la couleur de façon tangible.
Certes, Ghany ne se consacre pas exclusivement à la forme ni à la technique. Son art dispense à n’en pas douter une bonne dose émotionnelle qui frise l’euphorie, et ce par l’aspect scénique et la qualité de la lumière qui le distingue, et par sa force évocatrice, celle d’un affect qui nous interpelle.

Abderrahman Benhamza

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Joan Cursach

Murs, escaliers, grillages. Murs épais, murs infranchissables, barrières, forteresses, frontières. Mondes séparés, isolés les uns des autres, tels sont les tableaux de Joan Cursach, dénonciateurs des murs de la honte. Certes, il y en a qui tombent, mais on en construit d’autres ; il y aura toujours des murailles en ce monde. Ce sont les symboles de la haine, de l’exploitation, du racisme, de la défiance séculaire à l’égard de tout ce qui est de l’autre côté, la crainte implicite de « l’autre », du « différent ».
      Il y a heureusement, dans les tableaux de Joan Cursach, des échelles appuyées contre ces murs, certaines hérissées de pointes aigues. Ces échelles, arrimées aux murs de terre, serviront à franchir ces murs et à accéder à l’autre monde… Mais que trouvons-nous de l’autre côté ? On l’ignore ; et l’auteur ne nous le dira pas ! Ce qui le captive, ce n’est pas l’autre bord, c’est la frontière, c’est les limites.
      Et sur ces murs énormes et menaçants la foule pullule. Tout là-haut, elle se déploie et avance sans but dans un incessant et obsessionnel piétinement. Point de paix sur ces puissantes murailles. Tout tremble et s’agite. Procession de figures fantomatiques, silhouettes sans mains ni bras. « Les mains ne m’intéressent pas » avoue l’artiste. Et les corps ne sont guère que des coups de brosses, des taches noires ou livides, parfois vêtus de vieux journaux. Et il confesse aussi qu’il ne peint pas les figures en accord avec leur corps. Elles sont crispées, ces figures, dolentes, angoissées, elles hurlent de douleur, mortifiées sans doute par cette sarabande interminable. Bouches pourpres. Sang. Têtes de mort. Des êtres torturés certes, mais avant tout des profils en mouvement, au rythme des défilés, où les uns se bousculent et se choquent, ou d’autres se penchent et vomissent. Un hymne à la douleur ! L’emblème peut-être des éternelles migrations.
      D’autres peintures reflètent, d’une manière peut-être plus émouvante encore, l’incessant ballet maudit de l’exode. Personnages qui tournent autour d’un minuscule monde bleu ; personnages abstraits qui ne se regardent pas, ne se rencontrent pas, s’ignorent même, envoûtés par leur propre tragédie, leur fuite vers un havre inconnu. Exode ? Ou tout simplement, la solitude désincarnée de l’homme.
      Joan Cursach peint un univers dantesque, un cauchemar. Ce n’est donc pas une œuvre aimable, anodine ou décorative, mais elle ne peut pas laisser personne insensible ou indifférent. Peinture martiale, faite d’acrylique, de terres, de collages, de cartons plissés, de journaux déchirés. Il en résulte une beauté inquiétante, même si le peintre déclare : « Seule me touche l’esthétique, non sa possible interprétation littéraire. »
      Un peintre qui a créé un monde original. Et nous pouvons nous demander si ces murs ne sont pas les murs invisibles, plus difficiles à abattre, que nous construisons en nous-mêmes.

Jesús Greus, Marrakech, Décembre 2011

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Habib Kibari

L’art pictural de Habib Kibari englobe à la fois le dessin coloré, (l’esquisse), le procédé aquarellique et la peinture gestuelle : trois ou quatre cas de figure qui ont en partage (à quelques différences près) la même thématique, la même composition et le même rendu. Le support participe aussi de la recherche sur la qualité des réalisations. Bien entendu, dans le concert artistique général, il fallait cultiver une perception homogène et une spontanéité du geste propres à garder à l’ensemble une tenue chromatique aisément identifiable.
Ce  ne sont pas forcément les thèmes qui dictent à l’artiste ses idées plastiques, quoique le réel dans sa large acception reste la référence notoire. Kibari rehausse sa démarche d’une dynamique gestualiste qui le différencie. De même que son sens de la tache impressionniste, incisif, convainc d’une représentation autre, laquelle s’abreuve dans le registre de la suggestion et de l’allusion. Ainsi, des personnages, des lieux et autres scènes de genre, pris sur le vif, on ne saisit que des formes spectrales. Le mouvement, rapide et nerveux, la lumière, recrudescente et chaude, visualisent un jeu d’ombres et des effets optiques frappants.  Parfois, on n’est pas loin du croquis, qui est exécuté en un tournemain heureux, comme le firent les grands peintres voyageurs...
Kibari peindrait-il des souvenirs ?  Tellement la réalité qu’il interpelle relève de l’aléa, d’un flou vertigineux, peut-être aussi de la simple présomption!Quand bien même certains des aspects de cette réalité afficheraient-ils un ordre élaboré  dans le calme, l’artiste développe une description digressive qui laisse deviner la nature des référents qu’il cible sans les souligner.
Parfois aussi les coloris, disséminés, orientent la perception vers un compromis plastique de taille, où la figuration tend à s’abstraire et verse dans un lyrisme à la Hartung. Bien que toujours, dynamique la vision ne focalise plus que sur ce qui serait des croquis croqués au pied levé. Kibari prend de vitesse le regard et se plaît à en déconstruire la cohérence présumée. Ce n’est certes qu’un artifice de créateur se qui refuse à toute typification et choisit de jouer sur ses cordes plastiques les gammes aériennes d’une partition échotique subtilement menée et très évocatrice.
L’acte de peintre prend ici l’allure fugace d’une illumination, vu la clarté poussée des tons, la frénésie des emmêlements graphiques, le tout pour déjouer une quelconque interprétation évidente, ne laissant plus dans l’air (c'est-à-dire au fond du regard) qu’une foule de vibrations propres à brouiller la sensation qu’on a habituellement des formes.
Sans souscrire à aucune formulation d’ordre décoratif, ni recourir à un pittoresque de pacotille ou de camouflage, Habib Kibari fait un art sien, ludique et transcendant à sa manière, et que spécifie un chromatisme pris à chaud dans l’effervescence de sa sensibilité.
                                                                        Abderrahman Benhamza

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